Ostéopathie et maladies infectieuses

mars 1, 2010

Traduction de l’article « Osteopathy and infectious deseases«  du Dr. Loveless.

L’approche médicale standard, en ce qui concerne les infections, est qu’elles sont « causées » par des virus ou des bactéries (agents pathogènes) et que nous avons recours aux antibiotiques ou aux antiviraux pour se remettre. Ce point de vue est principalement basé sur le travail de Louis Pasteur, un microbiologiste français du 19ème siècle. Il a établi que les bactéries étaient présentes lors d’états infectieux. Pendant les 150 années suivantes, la médecine s’est concentrée sur ces agents pathogènes et la recherche médicale s’est appliquée à trouver des médicaments de plus en plus puissants pour les détruire.

Ce qui manque dans cette analyse, toutefois, c’est le rôle joué par le patient dans les infections. Les agents pathogènes (bactéries et virus) sont autour de nous tout le temps. Ils tapissent la surface de notre corps et l’environnement qui nous entour. Pourquoi, dans ce cas, ne sommes-nous pas constamment malade ? Un collègue (rival) de Pasteur, Antoine Bechamp, a postulé que le rôle des agents pathogènes dans les maladies était minime ; c’est l’état du terrain (l’organisme) qui détermine si oui ou non les agents pathogènes se reproduiront et « causeront » l’infection. En d’autres termes, un corps malade permettra aux virus et bactéries de proliférer, et l’expression apparente qui en résulte est l’infection. Le traitement du patient, s’il s’attache simplement à tuer l’agent pathogène, sera un échec. Le thérapeute doit creuser plus profondément et trouver pourquoi ce patient en particulier présente l’infection.

Au même moment en Amérique, A. T. Still formulait sa philosophie de l’ostéopathie, un système complet de soins médicaux qui plaçait un l’accent sur le patient plutôt que sur la maladie. Il s’intéressa plus particulièrement au rôle du système musculo-squelettique dans la genèse d’un environnement propice à la maladie. Quand on lui demanda de donner ses impressions sur la « théorie des germes » de Pasteur, il déclara qu’il était d’accord si les gens voulaient dire que les bactéries étaient présentes dans les maladies, mais que ça n’expliquait toujours pas pourquoi une personne en particulier tombait malade et pas une autre. Il était catégorique sur le fait que la maladie n’était qu’un effet, et que la présence de germes était un autre effet, d’un problème à l’intérieur du corps. Still se concentra sur le système musculo-squelettique, comme méthode de traitement, mais il comprit rapidement l’importance du système circulatoire, respiratoire et nerveux dans le maintient des habilités du corps à combattre la maladie. Ces 134 dernières années, la science a comblé beaucoup de lacunes et nous a donné une meilleure vue d’ensemble sur le fonctionnement conjoint de ces systèmes dans un seul but : le maintient de l’homéostasie (ou la tendance du corps à être en bonne santé).

Aujourd’hui, les ostéopathes traditionnels ou classiques utilisent toujours ces concepts pour aider le patient à combattre la maladie. Alors que nous n’argumenterons pas sur la nécessité occasionnelle des antibiotiques, notre première approche est d’aider la réponse immunologique normale du corps. Cela peut passer par la correction de l’alimentation, par l’utilisation de vitamines ou d’herbes si nécessaires ; cela peut impliquer d’aider à déstresser le corps, que le stress soit externe (travail, famille, etc…) ou interne (tensions du système musculo-squelettique, douleur, etc..) ; cela impliquera en général un traitement manuel visant à augmenter les flux lymphatiques (le système lymphatique est le « système de collection des ordures » de notre organisme, collectant les agents pathogènes, les cellules mortes, les antigènes, etc… les amenant au système immunitaire pour analyse). Et c’est seulement si ces méthodes échouent que nous nous résoudrons à utiliser des médicaments, mais nous mettrons tout de même l’accent sur les autres facteurs de la maladie.

L’étude d’un cas pourrait être utile ici. Un que j’ai publié dans le magazine California DO en 2007. Le cas concernait une jeune femme qui s’était présenté à l’hôpital avec une lombalgie droite. Elle avait été traitée au préalable avec des antibiotiques pour une suspicion d’infection rénale. A l’hôpital, elle présenta en fait une pneumonie du coté droit, son urine n’indiquait pas d’infection. On lui prescrivit des antibiotiques appropriés car elle avait une fièvre et montrait des signes d’infection systémique ou sanguine. Ce traitement, pourtant, ne donna pas d’indication sur la cause de la maladie, il ne nous donna pas non plus la certitude qu’elle ne retomberait pas malade. Je fus appelé pour l’évaluer d’un point de vue ostéopathique.

Lorsque je la questionnais à propos d’anciens traumatismes, elle ne releva d’abord rien de particulier. A l’examination, je trouvais que la cage thoracique inférieure droite était déprimée et ne bougeait pas quand elle inspirait. La coupole diaphragmatique droite était elle aussi tendue et ne bougeait pas convenablement lors de la respiration. A mes questions additionnelles, elle se rappela avoir eu un accident de voiture plusieurs mois auparavant, la ceinture de sécurité l’avait retenu à l’endroit de la dépression sur la cage thoracique, causant une ecchymose.

La situation devenait claire. Elle avait eu un traumatisme qui avait affaibli sa capacité à prendre une profonde respiration. Elle avait mis en place une situation où les bactéries, normalement présente dans les poumons, avait été capable de proliférer pour donner l’infection. L’infection pulmonaire irrita son diaphragme, responsable de sa lombalgie initiale. Les antibiotiques auraient éliminé les bactéries du poumon et « traité » l’infection mais sans traiter le système musculo-squelettique, la situation de prédisposition aurait perduré et elle aurait risqué une rechute. La prendre en charge avec une approche globale nous a permis de l’aider à retrouver un meilleur état de santé.

Il est clair qu’il faut avoir recours aux antibiotiques à de certaines occasions pour traiter des infections, surtout lorsque les défenses sont affaiblies et que le patient risque un choc sceptique. Notre but, en tant que médecin ostéopathe, est d’aller plus profondément dans les problèmes. Nous souhaitons traiter aux stades précoces de l’infection en augmentant les réponses naturelles de l’organisme et en évitant, tant que faire se peut, la médication. Même dans les situations où la médication est requise, la philosophie ostéopathique nous préconise de traiter la cause sous-jacente, qu’importe l’endroit, et permettre à la santé naturelle que nous possédons tous de prospérer.

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